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 INTERV ARTICLES ENTRE SES MAINS

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BENGI*
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MessageSujet: INTERV ARTICLES ENTRE SES MAINS   Jeu 27 Juil 2006 - 14:23



Dernière édition par le Mer 21 Fév 2007 - 23:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: INTERV ARTICLES ENTRE SES MAINS   Dim 18 Fév 2007 - 22:52



Première prise pour Nicole Garcia, Benoît Poelvoorde et les autres
Le cinéma aux pieds des immeubles de Neuville

« C’est l’gars d’Podium ! Benoît Boulvorte ? T’es sûr ? » Au matin du troisième jour de tournage, les premiers spectateurs du prochain film de Nicole Garcia, Selon Charlie, ont déjà refait le casting à leur manière. Mais pour les Neuvillais présents autour des barrières, le ptit’dej’ de ce matin-là avait un parfum de cinéma.
Des stars aux pieds des immeubles de la rue Jean-Mérault, voilà une scène pour le moins inhabituelle. En long blouson et gants noirs, Nicole Garcia donne ses consignes et règle les derniers détails du haut de sa voiture travelling. Au numéro 44, les techniciens s’agitent et transforment un appartement en studio de tournage. Perches, micros, caméras, décidément le quartier est métamorphosé. Dans la cage d’escalier, une voix résonne, plus forte que les autres. Dans une parka verte, Benoît Poelvoorde distille quelques blagues aux petits oignons à des figurants dieppois médusés devant tant de décontraction. Mais au cinéma, tout n’est qu’illusion. Derrière la déconnade, il y a du stress. Enormément de stress, comme celui que l’on retrouve d’ailleurs dans le regard de Nicole Garcia. Durant ces premiers jours de tournage, tout le monde est fébrile. Des maquilleuses au producteur, personne ne veut rater son entrée. Pas question de perdre de temps, même sous la pluie. On enchaîne ! Silence ! ça tourne. Des formules consacrées, et même un peu sacrées.

Dans la rue, mobylettes et scooters font de la figuration. C’est écrit dans le scénario : le tennisman doit être enlevé par une bande organisée. Au numéro 44 du premier étage, on continue d’installer le « matos ». Ça bouchonne dans le couloir et dans le salon ! Mais il y a encore un peu de temps avant le tournage de la scène intérieure (voir par ailleurs). Pour le moment, les vrais acteurs sont les éclairagistes.

Des Neuvillais à l’affiche

Les figurants d’origine turque sont déjà en place. Parce que l’on ne rate pas le rôle de toute une vie. Pour Yasin, 18 ans, il a fallu une dérogation pour l’autoriser à lâcher ses cours au lycée Ango et rejoindre son père sur le plateau. Hamit, 65 ans, chapeau vissé sur la tête et enfoncé dans le fauteuil prépare son rôle et se sent déjà dans la peau du personnage. Il est 11 heures et le clap ne devrait résonner qu’après le déjeuner. Sur le parking derrière l’immeuble, dans la même loge que celle des acteurs principaux, une « star » neuvillaise se prépare également à entrer dans la lumière. Sakine, coiffeuse au Pollet, a déjà revêtu sa tenue de scène, mais discute encore avec la costumière sur la manière de couvrir ses cheveux d’un foulard. L’image de la famille traditionnelle turque doit être fidèle au script autant qu’aux convictions des acteurs. Pourtant, Yasin ne peut s’empêcher de rire aux larmes en regardant son père aux allures de patriarche suranné. Pour les figurants, les vêtements imposés ne sont pas vraiment à leur goût. Mais il ne s’agit pas d’un défilé de mode, alors tant pis pour la coquetterie. L’essentiel est d’être là au milieu de ce rêve éveillé.

La touche vestimentaire ne semble pas perturber Benoit Poelvoorde, toujours aussi hilare aux côtés des Neuvillais. Sur le tournage, le spectacle est permanent, même entre les prises. Et dire que ni Jean-Pierre Bacri, ni Vincent Lindon, ni Benoit Magimel ne sont encore là. Bref les cinq prochaines semaines de tournage à Dieppe s’annoncent prometteuses (voir le programme page ci-contre).

Virginie Guiborel et Laurent Hellier



Au premier étage de l’immeuble, chez Ulucan Ayunus

« Ça fait plaisir d’avoir des stars à la maison »

Ulucan ne reconnaît pas son appartement. Le locataire du numéro 44 de la rue Jean-Mérault était aux premières loges, mercredi. Son logement a été choisi pour tourner une scène importante du film. « C’est Nathalie, une amie, qui est venue me voir un jour en me disant qu’elle cherchait un appartement pour le tournage d’un film. Des gens sont venus visiter et ont pris des photos pour Mme Garcia et j’ai été sélectionné » explique Ulucan Ayunus.

Cerise sur le gâteau, l’homme d’origine turque sera figurant. C’est lui qui a par ailleurs déniché quelques autres acteurs d’un jour. « Les techniciens sont arrivés hier et ont changé toute la disposition de la maison » explique-t-il avec un large sourire, heureux d’être là au milieu de ces stars qu’il n’aurait jamais pensé pouvoir approcher de si près. Une proximité facilitée par des acteurs aussi accessibles que le gardien de l’immeuble. « Ça fait plaisir de voir toutes ces stars à la maison. Je suis content de faire cela pour eux » assure le propriétaire d’un kébab dieppois où Nicole Garcia est venue manger à plusieurs reprises.

Et d’ajouter : « J’aimerais travailler dans ce métier et rencontrer plein de gens comme eux ». Et même si le rêve s’arrêtera sans doute sur le palier de l’immeuble, l’expérience restera ancrée dans les mémoires… et bientôt sur les écrans de cinéma.



Echos de plateau

Des poubelles incognitos

Lorsqu’on tourne un film en grande partie en Normandie et que l’histoire est censée se dérouler en Bretagne, attention aux petits détails. Heureusement Nicole Garcia a l’œil. Lors de la mise en place d’une scène, deux grosses poubelles étaient nécessaires. L’accessoiriste avait mis la main sur deux containers distribués aux Neuvillais pour leurs déchets. Poubelles qui affichaient un peu trop leur provenance avec leurs beaux autocollants barrés d’un « Ville de Dieppe ». « Mais on n’est pas à Dieppe, là… », lance la réalisatrice à ses assistants qui sans perdre un instant ont retourné les deux fautives. Dommage pour la ville qui aurait pu se faire une belle pub sur grand écran…

Benoît Poelvoorde et les spécialités dieppoises

« Eh, vous connaissez un endroit qui s’appelle « lechienkachié ?» », lance à un Dieppois Benoît Poelvoorde solidement campé sur ses deux pieds, sur la pelouse d’un immeuble de Neuville. L’homme, naïvement, réfléchit longuement, se repasse en tête tous les noms de Dieppe les plus originaux : Quiquengrogne… « Non je ne vois vraiment pas », répond-il en baissant le regard par hasard vers les pieds du comédien cernés par… cinq crottes de chiens. Dès sa première visite à Dieppe, l’acteur a déjà mis le doigt et les deux pieds sur un sujet qui fâche.

Un peu d’humour pour se dérider

Dans les coulisses, Benoît Poelvoorde n’arrête pas de plaisanter. A l’une de ses assistantes qui le vouvoie entre deux prises, il lui impose de le tutoyer. « Sinon, je vais croire que j’ai 62 ans… », réplique-t-il. Mais quel âge a-t-il réellement ? En tout cas, il doit faire plus jeune à l’écran si on en croit la remarque d’une sexagénaire neuvillaise à son amie qui se pressait derrières les barrières pour l’apercevoir. « Je croyais qu’il faisait plus jeune que ça ! » Eh oui madame, c’est toute la magie du cinéma.

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MessageSujet: Re: INTERV ARTICLES ENTRE SES MAINS   Mer 21 Fév 2007 - 23:15

Comment Anne Fontaine a mis à nu Benoît Poelvoorde

Christophe Carrière

On connaît le registre comique de l'acteur. En lui confiant le rôle du séducteur mélancolique d'Entre ses mains, la réalisatrice a écarté l'amuseur et révélé l'homme sensible

Planté au milieu d'une rue parisienne, Benoît Poelvoorde grimace et fait le dos rond. Littéralement. Un médecin a été appelé en urgence, il est question d'hernie discale ou de lumbago. Nous, nous opterions pour un tour de reins psychosomatique qui survient, comme par hasard, juste avant de revoir Anne Fontaine. Car, si elle est son amie depuis 1992, alors qu'ils présentaient respectivement leur premier film à Cannes (C'est arrivé près de chez vous, pour lui; Les histoires d'amour finissent mal en général, pour elle), il n'oublie pas qu'elle a été l'artisan de son pire cauchemar professionnel.

Dans Entre ses mains, drame poignant où il interprète un séducteur mélancolique, voire dangereux, Fontaine a recadré l'acteur, étouffé l'amuseur et révélé l'homme, d'habitude trop pudique pour être bouleversant. Une épreuve pour Poelvoorde, qu'Anne Fontaine l'a aidé à surmonter. Comme elle l'aide maintenant à se redresser, après que la piqûre du docteur a commencé à agir.

Comment Anne Fontaine a convaincu Benoît Poelvoorde
Anne Fontaine: J'ai toujours perçu en toi une fragilité, une pudeur, un état de souffrance qui me paraissaient très intéressants pour le personnage. C'est criant dans tous tes films: un paradoxe entre la drôlerie et une émotion retenue. D'où une personnalité insaisissable. N'empêche que je n'osais pas te proposer le rôle, sachant que tu refuserais. Et puis, finalement, je m'y suis prise de façon oblique: te demander de lire, comme ça, juste pour avoir ton avis.
Benoît Poelvoorde: J'aurais dû me douter d'un loup, vu que tu ne me demandes jamais mon avis sur quoi que ce soit professionnellement. Quand tu m'as dit penser à Isabelle Carré pour le rôle féminin, je trouvais le choix parfait.
A. F.: Je me revois te proposer de le relire en t'imaginant dans le rôle...
B. P.:... et moi te demander si tu n'es pas folle!
A. F.: Heureusement, on s'est retrouvés au Festival du film français de Yokohama [Japon], où, entre deux interviews, tu as accepté de faire un petit essai, sans caméra, juste pour moi... C'était la scène du bar, où ton personnage a cette réplique: «Je ne suis jamais tombé amoureux.» En jouant, tu tremblais, tu n'osais pas me regarder, et je me souviens d'avoir été émue au plus haut point. Et en sortant de la pièce, tu étais déconcerté, persuadé d'avoir été grotesque.
B. P.: Faire l'andouille ou un chirurgien borgne, je m'en fous. C'est de la technique. Mais ces rôles-là, c'est très intimidant.
A. F.: Parce que tu ne fabriques rien. Tu joues à l'instinct. Parler de contre-emploi pour ce que tu fais dans Entre ses mains est un lieu commun. J'ai juste exploité la fêlure qu'il y a en toi.

Comment Benoît Poelvoorde a joué ce qu'il ne joue jamais
B. P.: Le plus dur, c'était la scène du baiser. D'ailleurs, tu l'avais prévue assez tard dans le plan de travail, sachant que c'était le pic de la montagne. Je n'avais jamais embrassé personne à l'écran. Enfin, pas d'une façon aussi romantique. Le jour du tournage, bien que je me sois préparé et conditionné, j'étais dans le désarroi. A mon sens, se mettre à poil et mimer l'acte sexuel est moins difficile que caresser une joue. Tant pis si je passe pour une vieille capricieuse. Mais là, on touchait à mon intimité, à ce que j'ai en moi.
A. F.: Finalement, tu as été si stressé que tu as réussi la scène tout de suite, comme pour t'en débarrasser. Ce n'est pas innocent si, dès le début du tournage, je t'ai interdit d'aller vérifier le moniteur vidéo après les prises. Je savais que si tu te voyais, c'était foutu! C'était le seul moyen de te faire perdre un contrôle que tu gardes toujours, comme pour te protéger. Et du coup, l'ambiance était tendue.
B. P.: Je suis désolé. Il est vrai que tout était difficile à cause de moi. C'est rare, mais là, je suis bien obligé de l'avouer. Je n'ai jamais eu autant de mal.
A. F.: Pourtant, je dois reconnaître que j'ai rarement fait aussi peu de prises avec un acteur. Pas plus de six ou sept, c'est exceptionnel.

Comment Anne et Benoît sont restés bons amis
B. P.: J'ai appris une chose essentielle sur ce film: faire confiance aux gens qui m'entourent sur un plateau.
A. F.: J'ai remarqué que tu avais toujours peur qu'on te mente, qu'on soit flagorneur. Quand on te complimentait sur une scène, il restait malgré tout une pointe de doute dans ton œil. Sans compter ce complexe que tu as avec ton physique. Moi, je te trouve beau. Une beauté singulière, mais charmante. Et ce qui t'angoissait le plus, c'était les gros plans sur toi où tu ne devais pas parler. Je me souviens des regards chargés de haine que tu me lançais après.
B. P.: C'est vrai que je t'ai surnommée «Leni Riefenstahl»!
A. F.: Oui, alors que je m'inquiétais pour toi et que je t'appelais régulièrement dans ta chambre d'hôtel pour prendre de tes nouvelles. Cela dit, on a beaucoup correspondu par lettres pendant le tournage, pour se remercier d'une bonne semaine, ou parce qu'il y avait parfois de vraies tensions, qu'on dénouait en s'expliquant ou en s'excusant par écrit. L'autre jour, tu m'as dit qu'on avait vécu quelque chose qui engageait beaucoup plus qu'une relation, disons...
B. P.:... qu'une histoire de cul, tu peux le dire, oui. Le lien qu'on avait s'est renforcé. Comme des amis qui traversent ensemble des épreuves. Et je suis rentré chez moi heureux, soulagé.
A. F.: Et si c'était à refaire?
B. P.: J'y retourne sans problème. Et cette fois, sans t'emmerder.

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MessageSujet: Re: INTERV ARTICLES ENTRE SES MAINS   Mer 21 Fév 2007 - 23:23

La trentaine, Claire mène une vie agréable. Salariée dans une compagnie d’assurances à Lille, elle est mariée et mère d’une petite fille. Un jour, elle fait la connaissance de Laurent. Vétérinaire, il la consulte suite suite à un dégât des eaux. Commence une relation mêlée d’attirance, de mystères et de non dits. Mais Claire soupçonne Laurent d’être le tueur en série qui sévit dans la ville en égorgeant au scalpel des femmes.

« Entre ses mains » est un film à l’identité forte et perturbante. A l’instar du personnage incarné par Benoît Poelvoorde, la mise en scène de Anne Fontaine est en retrait. Elle s’efface devant la luminosité de Isabelle Carré. Si l’actrice enchaîne des rôles de plus en plus marquants, elle est ici d’une ambivalence et d’un trouble inédits. Trois éléments sont d’une intensité équivalente : Isabelle Carré, Benoît Poelvoorde et la mise en scène de Anne Fontaine.

« Entre ses mains » est un film intime sur l’attirance entre un homme et une femme. Claire, à trente ans, vit une vie monotone dont elle s’acquitte sans broncher. Car Claire est une femme épanouie qui a toujours vécu en retrait des autres. Le jour où elle fait la connaissance de Laurent, elle découvre un homme mystérieux, différent, à l’opposé de son caractère. Laurent, vétérinaire à Lille, ose balancer des blagues au ton morbide avant de dire qu’il plaisantait pour finalement avouer qu’il est toujours sérieux... Claire découvre au compte goutte que Laurent a le profil du tueur en série qui hante les rues de Lille. Il a un scalpel qu’il sait parfaitement manier, il a des réactions étranges face à des situations banales, il est solitaire, avoue n’avoir jamais été amoureux et a une relation distante et froide avec sa mère. Parsemés tout au long du film, ces détails tissent une toile autour de Claire. Le spectateur vit ces appréhensions en même temps que la jeune fille. Il est témoin de cette enquête introspective qui désigne comme tueur l’homme pour qui l’héroïne ressent une réelle attirance. Mais la gentille Claire perce lentement sa carapace et se laisse aller à vivre. Rencontrer Laurent l’épanouit. Elle est prête à tout pour vivre cette relation, comme faire éclater son couple.

La mise en scène de Anne Fontaine révèle les sentiments cachés derrière chaque situation et derrière chaque protagoniste. Légère et rapprochée, la caméra flotte dans l’espace et affirme son caractère intime. Le jeu de Benoît Poelvoorde s’accorde complètement avec la mise en scène. Il s’attarde dans les couloirs, reste à l’écart, ne se mêle jamais aux foules. Présent par son charisme et son mutisme qui en dit long, il envahit l’écran et dévoile un personnage torturé pour lequel on éprouve finalement de la compassion face à son mal-être. Face à lui, Claire est douce, lumineuse, elle est à l’aise dans son univers et s’immisce dans celui de Laurent. Elle sait ce qu’elle veut. La mise en scène joue aussi sur le contraste entre le jour et la nuit. La nuit est l’univers de Laurent, qui n’hésite pas à se fondre dans les night club pour repérer ses proies tandis que le jour est l’univers de Claire.

« Entre ses mains » est, comme le qualifie la cinéaste, un thriller intimiste dans lequel le spectateur trouve un large panel d’émotions, de craintes ou d’attirance. La relation des protagonistes est mise en parallèle avec l’enquête que mène inconsciemment Claire sur sa propre vie mais aussi sur celle de Laurent. « Entre ses mains » est un très beau film, porté par des acteurs fabuleux et aux accents hitchcockiens.



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MessageSujet: Re: INTERV ARTICLES ENTRE SES MAINS   Mer 2 Mai 2007 - 16:48

PREMIERE.FR

Pour Entre ses mains, d’Anne Fontaine (en salles le 21 septembre), Benoît Poelvoorde a pris le risque de se remettre en question en passant du côté obscur de la farce. Confessions d’un homme changé.

Par Stéphanie Lamome & Sophie Grassin

Quand as-tu rencontré Anne Fontaine?

Benoît Poelvoorde : Après C’est arrivé près de chez vous. Elle est venue s’asseoir à côté de moi lors d’un dîner. Elle a commencé à me parler, elle parle tout le temps. Je lui rappelais Luchini. Plus tard, elle m’a proposé Augustin, roi du kung-fu (98). Elle m’intimidait car elle est très rentre-dedans. Elle a une féminité parfois agressive qui ne laisse pas beaucoup de terrain aux mecs. J’ai reculé. À l’époque, je ne savais pas si j’allais faire du cinéma. On s’est revus dans des festivals. Comme j’aime faire la fête et elle, pas du tout, on se croisait le matin. Elle allait nager. Je rentrais me coucher.

A-t-elle écrit le rôle pour toi?

B. P. : Elle a été très maligne. J’aurais dû me méfier quand elle m’a envoyé le scénario en me demandant mon avis, elle s’en était bien passée jusque-là! Je voyais Benoît Magimel dans le rôle et je le lui ai dit. Trois mois plus tard, elle l’adresse à mon agent. Là, j’ai compris que c’était pour moi. Mais j’ai refusé. On s’est revus à Yokohama. Elle m’a chopé un lendemain de beuverie et m’a demandé de faire un essai pour la pire scène: celle où j’explique que je n’ai jamais été amoureux. J’ai de nouveau refusé le rôle. Puis je me suis dit qu’il fallait que j’essaie au moins une fois dans ma vie. J’en avais marre qu’on me reproche de tourner toujours la même chose. Je ne prenais plus de plaisir au cinéma, j’avais enchaîné les films cul à cul... C’est alors que j’ai eu le «syndrome de la photo»: tu prends une pose que tu n’as pas au naturel. Mais tu te forces et, pendant une poignée de secondes, tu y crois un peu. C’est pour ça que j’ai autant de mal à me regarder dans les films: je ne veux pas voir le moment où j’y ai cru.

D’autant qu’Entre ses mains compile toutes les séquences que tu as toujours fuies par crainte du ridicule: la scène d’amour, de peur, de meurtre, etc.

B. P. : C’était dur. C’était dur d’enlever mon manteau, de marcher dans la rue, j’avais l’impression d’être grotesque. Quand je regardais Isabelle danser dans la boîte de nuit, moi, le pilier de bar, je ne savais plus comment gérer mon verre! Dans un sketch de «Monsieur Manatane», je mange un peu de caca ramassé au bout de ma chaussure. Je ne sais pas comment ça se joue puisque je n’ai jamais goûté de matière fécale, donc j’invente l’idée d’un homme qui en mange. Être accoudé à un bar avec un verre à la main, ça m’est arrivé une tripotée de fois, et je ne me suis jamais posé la question de savoir comment tenir le verre. À partir du moment où je réfléchis, c’est l’enfer. Je ne sais plus quoi foutre de mes mains, je ne vois plus que le godet qui parle. Je me suis posé des questions qu’il ne fallait pas se poser. Et j’ai inventé des réponses à ces questions. Or, je suis un acteur instinctif, je ne sais jouer qu’au premier degré.

C’est la première fois qu’un film exploite ta pudeur naturelle

envers les femmes.

B. P. : Je suis pudique sur certaines choses et absolument impudique sur d’autres. Je peux traverser le Costes avec une plume dans le cul sans aucun problème, mais il m’est impossible de poser la main sur la nuque d’une femme à l’écran... Anne m’a choisi pour ma pudeur. Elle me connaît depuis longtemps. Je pourrais me faire analyser mais je ne l’ai jamais fait. J’ai un oncle psy, aujourd’hui décédé. Pendant une certaine période, il m’a élevé avec ma tante, psy, elle aussi. Toujours calé dans son fauteuil, la pipe vissée au coin de la bouche, il me lançait: «Parle. Si tu as quelque chose à exprimer, vas-y.» Je pouvais tout balancer, mais le truc du sexe, je n’ai jamais pu. Un jour, mon oncle a décidé de nous donner à mon frère, qui a trois ans de plus que moi, et à moi, un cours d’éducation sexuelle. En fait, ma tante avait trouvé un journal de cul que mon frère avait laissé traîner. Elle nous avait conseillé d’acheter Parents, elle disait que les femmes y étaient bien plus jolies! Bref, mon oncle a mâchonné sa pipe: «Il faut que vous sachiez certaines choses. Le garçon et la fille ne sont pas faits de la même manière. Ce que vous avez entre les jambes, communément appelé “une bite”...» J’ai éclaté de rire. « Benoît, si tu n’es pas prêt, va te coucher.» Il a continué: «La fille, elle, est pourvue de ce qu’on appelle communément un minou, une touffe, un vagin...» Là, j’ai explosé de rire. Il m’a intimé d’aller dans ma chambre sans autre forme de procès. Je me souviendrai toute ma vie du moment où j’ai remonté l’escalier en pyjama, penaud. Je n’ai jamais su ce qu’il avait dit à mon frère. Aujourd’hui, mon rapport aux filles est un mélange de grivoiserie extrême et de pudeur. Je suis capable de dire les choses les plus atroces et, en même temps, je n’ai que de la gueule. Récemment, j’ai failli rencontrer Nicole Kidman, dont je suis fou. J’étais invité à un truc Chanel. Je festoyais avec Édouard [Baer] quand quelqu’un me dit que Nicole était là et qu’on allait me la présenter. Devinez ce que j’ai fait? Demi-tour. Je me suis chié dessus.

Est-ce que seule une femme metteur en scène pouvait révéler cette sensibilité?

B. P. : Ah oui! Il y a eu entre Anne et moi un rapport d’intimité assez passionnel. Même si, avec un homme, il y a de la séduction aussi. Comme dit Lanvin (Gérard), je refuse la première danse, et après je me frotte. Mais avec Anne, je ne me suis pas frotté. Je n’ai pas menti sur la marchandise. Je l’avais prévenue que j’allais être dans la rétention. Je n’arrêtais pas de faire ma vierge effarouchée: faut pas venir me tripoter, mais en même temps je montre mon genou... Nicole Garcia me voit comme un acteur récalcitrant, perfectionniste et impatient. Anne a pris beaucoup de précautions avec moi. C’était la première fois que je devais murmurer ou me taire. Moi à qui on demande toujours de gesticuler, j’étais prié de parler aux poutres et aux fenêtres. Jusque-là, j’avais toujours refusé de le faire. Dès le deuxième jour, je me suis rebellé. Je l’appelais Léni Riefenstahl: il fallait toujours se tenir droit, cacher son double menton, montrer son bon profil... Je ne savais même pas que j’en avais un!

Comment Anne t’a-t-elle aidé?

B. P. : On a fait des lectures pendant trois semaines. Elle a situé l’histoire dans le Nord pour que je me sente un peu chez moi. Elle a tourné chronologiquement pour me faciliter l’évolution du personnage. Tous les soirs, on revoyait ensemble la scène du lendemain. Moi qui répète toujours «on va pas tortiller du cul pour chier droit», eh ben là, je peux te dire que j’ai tortillé à mort. Anne a fait un autre truc très intelligent: elle n’a pas voulu qu’on se rencontre, Isabelle et moi. Elle n’aimait pas l’idée qu’on se tape sur la cuisse, elle voulait nous conserver en état de panique. Elle nous a organisé un dîner une semaine seulement avant le début du tournage. J’étais «kéké», je n’arrivais pas à aligner une phrase, Isabelle non plus. On aurait dit des Indiens qu’on allait marier. Cette retenue entre nous n’a jamais disparu. Pendant le tournage, on vivait comme des petits vieux. On buvait un potage, elle allait promener son chien, on allait se coucher à vingt et une heures pétantes. On se disait: «Bonne nuit, Isabelle. – Bonne nuit, Benoît. – On commence tôt demain. – Oui, c’est vrai...» Une fois le film terminé, on est redevenus pudiques. On ne communique plus que par SMS en se conseillant des bouquins. On parle par livre interposé.

Comment t’es-tu entraîné à murmurer et à ne pas gesticuler?

B. P. : J’ai pensé prendre des anxiolytiques pour me ramollir mais j’avais peur de ne plus rien contrôler. Les deux premiers jours, je n’arrêtais pas de répéter que je n’y croyais pas. J’ai tellement murmuré qu’à la fin l’ingé son me demandait de porter la voix, moi qui, d’habitude, beugle comme un porc!

Pourquoi le silence te gêne-t-il autant?

B. P. : Je parle pour parler, je meuble tout le temps, j’ai peur du malaise des autres. C’est ce que j’appelle le «syndrome du dîner». Je redoute que la soirée ne soit ratée. Comme José (Garcia).

Pourquoi te sens-tu toujours obligé de faire le GO?

B. P. : Une grande partie de moi va dans les festivals uniquement pour faire la fête: tu vois des belles filles, tout le monde est bien habillé, t’as à bouffer et à boire, ce serait con de faire la gueule. Le cinéma est un jouet. Quand je me rends au festival d’Acapulco, le jouet, c’est l’avion. Je fais des annonces au micro, je finis avec les hôtesses dans le cockpit... Après, t’en as toujours qui espèrent que tu la mettes en sourdine, mais je m’en fous, je suis là pour déconner et pour les trois personnes qui vont se marrer avec moi. Pareil à Yokohama. Les Japonais sont tellement crédules que je ne peux pas m’empêcher de raconter n’importe quoi en interview. Ils doivent encore croire que je suis le champion du polo en France! Avant de faire partie du jury, j’étais allé quatre fois à Cannes sans voir un film. J’adore faire le con, être regardé. Après, ça peut vite devenir pathologique parce qu’il y a des moments où, sincèrement, si je fermais un peu ma gueule, les autres arriveraient peut-être à s’exprimer. Mais si je suis avec des amis que je connais très bien, je me tais.
Eux, toléreront que je ne sois pas en forme..................

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MessageSujet: Re: INTERV ARTICLES ENTRE SES MAINS   Mer 2 Mai 2007 - 16:49

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Les gens ne supportent donc pas que tu ne sois pas toujours drôle?

B. P. : Ils ont du mal. Mais si je suis «en descente», je n’impose pas ma présence aux autres, je reste à la maison. J’ai peu d’indulgence pour les gens sinistres qui viennent aux dîners avec leur air «monsieur-votre-bite-a-un-goût». Quand j’entends dire à Cannes: «Quel cirque!», «C’est toujours pareil», ça me gave. Si tu n’as pas envie de venir, reste chez toi.

À Cannes, quand tu étais juré, tu as réussi à assumer les deux, la fête et les films en compète?

B. P. : Ouais, mais j’ai mis trois, quatre semaines avant de m’en remettre.

Dans le film, tu as des regards absolument terrifiants…

B. P. : Anne te dira qu’elle a attrapé une part de mon angoisse. Je me méfie de la théorie des clowns tristes. Du mythe du comique dépressif. Je suis hyper anxieux, mais comme tout le monde. J’imagine les êtres humains comme des bébés à fleur de peau. Dans la rue, j’ai toujours l’impression de voir de tout petits bébés avec des trous de couteau partout et des carapaces sur le dos. Si j’avais fait de la photo, j’aurais pris une rue entière de Paris remplie de bébés écorchés qui sortent du métro. Le film d’Anne m’a fait prendre conscience de ma carapace et Isabelle Carré m’a appris à faire davantage confiance aux autres pour mieux me connaître moi-même. Je me méfie trop. Je n’attends rien des autres parce que je n’ai pas confiance en moi. Je me suis inventé des tas de barrières. L’humour en est une. Je chercherai toujours la compagnie des gens qui rigolent. Je connais mes barrages mais je ne connais pas ma rivière.

Tu peux nous donner un exemple de «barrage»?

B. P. : J’envisage toujours le pire pour éviter d’être déçu. Sur le film d’Anne, c’était la certitude d’être ridicule. Depuis Entre ses mains, j’ose. Ça a débloqué un tas de trucs que j’ai utilisés après, sur les plateaux de Nicole Garcia et de Philippe Le Guay. Désormais, je pourrais enquiller des films dramatiques, mais je ne le ferai pas. J’ai une nature comique, ce serait franchement trop con de s’en priver. Dans la vie aussi, ça m’a débloqué. J’ose dire non, alors qu’avant je m’écrasais très vite.

Cette histoire de bébés explique-t-elle que tu n’aies pas d’enfant?

B. P. : Non. C’est plutôt que je n’ai pas de schéma familial. Être responsable m’angoisse. Je ne trouve pas forcément qu’un couple soit équilibrant. J’ignore comment on élève un enfant. À quel moment peut-on fumer un pétard ensemble? À quel âge peut-il boire sa première goutte d’alcool? Quand est-ce que je peux lui dire: «Papa va se saouler la gueule, mais il revient»?

À propos de picole, il paraît que tu ne bois pas chez toi?

B. P. : C’est vrai. Je ne boirai jamais à table. Je n’aime pas vraiment le goût de l’alcool, d’ailleurs. Je bois pour me démonter la tête. Me faire goûter du vin, c’est comme donner des perles à un porc. Tout ce que je demande à la bibine, c’est de ne pas me filer trop mal à la tête le lendemain. Il y a des gens que j’adore et qui me donnent soif. De joyeux lurons comme Gilles Lellouche, Édouard Baer ou Marion Vernoux. Dès que je vois leur tronche, j’ai envie de boire un coup avec eux. J’aime le panache des gens ivres qui font n’importe quoi. Julie Depardieu m’a dit cette phrase fantastique:

«On ne sait plus parfois si tu bois parce que tu t’angoisses ou si tu t’angoisses pour pouvoir boire.» Je ne sais pas si j’en suis là, mais faut faire gaffe. Je refuse aussi de faire venir des gens du travail chez moi. Ma maison doit rester une zone complètement vierge. Je n’y répéterai jamais. Aucun réalisateur n’en gravira le perron. Anne Fontaine voulait venir à Namur pour qu’on lise le scénario ensemble. Je lui ai dit non. J’ai besoin de conserver un endroit qui n’ait rien à voir avec ce qui me fait peur. Un jour, Yann Moix a essayé de me forcer la main. Il est resté dans le jardin.

Parfois, on a l’impression que tu bois jusqu’à ce que mort s’ensuive…

B. P. : 0Oui, comme les Scandinaves. J’adore le moment où je glisse. Plusieurs fois dans ma vie, j’ai eu l’impression d’être désincarné, hors de moi-même. Dans ce métier, on peut très vite se sentir extérieur à soi. Parfois, dans ces glissements éthyliques, j’ai l’impression de reprendre contact avec moi. Je sais que c’est un discours de drogué. Mais je ne fais pas l’apologie de l’alcool, juste celle de la fête.

C’est aussi parce que tu sais qu’après tu rentres tranquillement dans ton bunker à Namur, non?

B. P. : Exactement. Je suis très pantouflard. C’est très confortable pour moi d’aller loin – dans tous les sens du terme – et de savoir qu’après, je rentrerai regarder le Tour de France sur mon canapé. Ou que je rangerai. Je suis une vraie petite femme d’intérieur.

Ta femme, que tu cites souvent, semble être ton homme de confiance?

B. P. : Oui! C’est la seule personne qui me connaisse vraiment, qui sache tout déjouer.

Est-ce important que vous vous soyez rencontrés avant que tu connaisses le succès?

B. P. : On ne s’est jamais positionnés par rapport au cinéma. Elle ne monte pas les marches à Cannes à mes côtés, elle ne veut pas être photographiée. Mais elle lit les scénarios que je reçois et elle écrit avec moi. Quand on travaille ensemble, elle se prend tout dans la gueule: mes angoisses, ma mauvaise foi, mes mensonges... Il faudrait lui ériger une stèle. Mais elle n’aime pas que je parle d’elle.

On peut parler d’argent plutôt? Tu fais partie des dix acteurs les mieux payés du cinéma français…

B. P. : J’adore cette phrase: «Je ne fais pas du cinéma pour l’argent, je fais du cinéma pour beaucoup d’argent.» (Rire.) Je ne connais pas les salaires des autres mais c’est vrai que j’ai gagné beaucoup d’argent avec Podium. J’ai du mérite: tout le monde, ma femme, mon agent, m’avaient conseillé de ne pas le faire. Mais j’y ai cru et j’ai pris un pourcentage sur le film. Pour ma mère, Podium, c’est mon chef-d’œuvre, elle m’a dit que je ne ferais jamais mieux. Chaque fois que je vais déjeuner chez elle, elle passe le disque.

Comment le dépenses-tu, cet argent?

B. P. : J’ai acheté une petite maison. En Belgique, on a une brique dans le ventre. La maison, c’est le premier truc qu’on achète, avec la bagnole et le chien. Comme il fait pelante froid chez nous dix mois sur douze, on a un rapport au cocooning très important.

Tu as un chien?

B. P. : Non, mais j’ai une cheminée.

Tu habites à 500 mètres de chez ta mère…

B. P. : Oui. J’ai peut-être choisi inconsciemment une maison près de celle de ma grand-mère, que j’aimais beaucoup et avec qui j’ai grandi. Aujourd’hui, c’est ma mère qui y vit. Mais conclure que je n’ai pas coupé le cordon ombilical serait trop simple. Je ne garde que les avantages, voilà tout. Ma mère repasse mes chemises comme une reine. Il n’y a qu’une mère pour bien repasser les chemises de son fils. C’est un acte d’amour, elle repasse le vêtement dans lequel je serai brillant. Elle me fait aussi à manger parce que je déteste cuisiner. Si ma femme n’avait pas aimé préparer la bouffe, j’aurais été prêt à ne pas installer de cuisine dans la maison.

Qu’est-ce qu’elle a de si particulier, ta mère?

B. P. : C’est une pile, elle me transmet son énergie. Quand on est tous les deux dans la même pièce, c’est éreintant, même pour moi. Ma mère est, avec Tarantino, la seule personne à parler plus que moi. Elle est extrêmement gentille, généreuse, marrante. Elle a une vision de la vie incroyable, elle est super positive. Je tiens d’elle. La seule différence, c’est qu’elle, elle ne «descend» pas. J’ai dû la voir pleurer une fois. Pourtant, dans la vie, elle a ramé...

Ta mère est très pieuse, tu as été élevé chez les jésuites. Alors… et dieu dans tout ça?

B. P. : Je ne suis plus aussi croyant qu’avant. Petit, j’allais à la messe tous les jours, ça m’équilibrait. La religion catholique fait naître la culpabilité. Il n’y a plus de libre arbitre. Cette culpabilité, je l’ai conservée. J’ai toujours une certaine foi mais je ne crois pas en l’Église ni en la hiérarchie catholique. Et je refuse d’entrer dans les églises.

Ton père t’avait pourtant dit que tu finirais curé…

B. P. : Oui. Il avait eu raison pour mon frère, à qui il avait prédit une carrière de militaire, comme lui. Mais il s’est planté pour moi. À cette époque, j’étais déjà un peu comme ma mère, gentil-gentil. Trop doux. «Féminin», comme dirait mon père. Mon frère, lui, était plus teigneux.

Et ta sœur?

B. P. : Mon père ne l’a pas connue. Il n’a pas pu faire de prophétie. Elle est comptable, mais je n’ai pas grandi avec elle.

Comment était ton père?

B. P. : Tu vois mon personnage dans Les convoyeurs attendent? Eh ben, c’était mon père. Bourru comme pas deux. Il était routier international, mais il a perdu sa licence. Quand il venait me chercher à la sortie de l’école en camion, j’avais honte. À 12 ans, j’étais chétif et lâche. J’ai donc été obligé de me défendre verbalement. J’aimerais bien écrire un scénario là-dessus, mais c’est encore trop tôt. Et puis j’ai l’impression que ça va faire pleurer dans les chaumières et je crois que, là, j’ai ma dose. Le verbe m’a vachement aidé. La meilleure manière de te faire pote avec le mec qui a des muscles, d’être le bouffon du roi qu’on ne vient pas emmerder, c’est de le faire rigoler. En classe, j’étais capable de raconter n’importe quoi, je disais chiche pour tout. L’autorité ne me faisait pas peur, la violence, si.

Il parait que tu allais voir des procès d’assises à 18 ans?

B. P. : Oui. J’habitais en face du tribunal. Comme je n’avais rien à foutre de mes après-midi – j’ai séché une année entière de cours –, j’allais voir tout ce qui était bien crapuleux, les vrais assassins. J’ai toujours éprouvé de la compassion pour l’accusé quel qu’il soit. Je ne peux pas m’empêcher de le voir comme un petit garçon qui fait de la peine à sa maman. C’est pour cette raison que je ne condamne jamais mes personnages. Comprendre ne signifie pas pardonner.

Fais-tu des rêves récurrents?

B. P. : J’ai déjà rêvé trois fois de suite que je rencontrais Louis de Funès en bretelles et que je lui posais des questions. La dernière étant: «Ça ne te gêne pas que certaines personnes se disent tes fils spirituels?» Il ne répondait pas.

Tu reviens à la franche comédie avec Astérix 3…

B. P. : Je vais jouer Brutus, le meilleur rôle! Olivier Dazat m’a fait du sur mesure comme pour Le Vélo de Ghislain Lambert et Podium. Je vais être le fils de Delon... T’imagines Delon en César déclamer: «Ave moi! Mais comment ai-je pu engendrer un fils aussi vilain?» Et moi, je lui réponds: «Papa, papa, on se ressemble quand même un peu... Si, si, regarde, on a les mêmes yeux!»

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