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 INTERV.. PARIS SORBONNE ENTRE SES MAINS

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BENGI*
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MessageSujet: INTERV.. PARIS SORBONNE ENTRE SES MAINS   Mer 19 Juil 2006 - 17:18



Entretien avec Julien Boivent


Isabelle Carré et Benoit Poelvoorde dans Entre ses mains






Un scénario pour deux :

Si c'est difficile d'écrire à deux ? Non, c'est au contraire très constructif. Anne Fontaine, avec qui j'ai écrit deux longs-métrages, a dirigé le scénario à chaque fois. Elle commence par parler de manière très précise de l'histoire, de la façon dont va avancer la trame. On essaie ensemble de fabriquer des scènes, de faire des dialogues. Ensuite j'écris de mon côté. Et elle modifie de façon très rigoureuse l'ébauche du scénario. On discute de chaque réplique. Elle attend que j'argumente, que je défende mon point de vue. La durée de l'écriture est difficile à évaluer, car après un premier jet, on fait une pause d'environ un mois pour ensuite tout reprendre. Cette deuxième période est alors beaucoup plus astreignante que la première. Des scènes sont déplacées, d'autres entièrement modifiées car elles sont parfois testées avec les interprètes.

Pour certains réalisateurs, il semble inconcevable d'écrire seul, ce que je comprends bien. Anne Fontaine a besoin d'un alter ego, d'un partenaire. Pour Entre ses mains , je me suis mis dans la peau du personnage masculin avec beaucoup de facilité tandis qu'Anne s'identifiait totalement au personnages féminin. Chacun avait son personnage et on les confrontait à l'aide de notre propre ressenti.

La naissance d'un scénario :

Quand j'écris avec quelqu'un qui me dirige, j'ai besoin de savoir d'où naît l'idée de son histoire. Pour Entre ses mains , Anne Fontaine s'était totalement identifiée à l'héroïne du livre de Dominique Barbéris Les Kangourous . Cela l'a poussée à l'adapter au cinéma : une femme fantasmant sur un homme inquiétant, qui pourrait être meurtrier, dont on ne sait pas vraiment s'il est réel ou non. L'héroïne du roman semble à côté de la "vraie" vie. Sans doute est-ce un thème qui l'intéressait particulièrement en tant que cinéaste. Faire des films ne sous-entend-il pas d'être un peu à côté de la vraie vie? La deuxième chose qui l'a poussée à choisir ce sujet était le fantasme du tueur. Elle voulait faire "un thriller psychologique élégant". Il fallait créer un jeu ambigu, entre attirance et effroi. J'ai besoin de comprendre tout ça quand je suis dirigé par un réalisateur.

Les scènes difficiles à écrire :

Les scènes de tension ou les scènes d'émotion sont en fait beaucoup plus faciles à écrire que les scènes où les sentiments sont cachés et où il faut donc être beaucoup plus subtil. D'ailleurs, il est en général moins difficile d'écrire un mélodrame qu'une comédie incisive, aux dialogues élégants.

Les acteurs sur le tournage :

Je ne me rends pas souvent sur le tournage d'un film que j'écris. Tout simplement parce que j'ai l'impression de ne pas y avoir ma place. Il faut faire le deuil du film que l'on a écrit. Sur le tournage, le film se modifie, ne m'appartient plus. Face aux acteurs, on ne peut être que spectateur. D'ailleurs, au final, quand je regarde le film fini, je reconnais des choses intimes noyées dans quelque chose d'étranger et c'est normal. Et surtout, je remarque toujours les défauts du scénario, c'est difficile à supporter! Le travail avec les acteurs est parfois intéressant. Benoît Poelvoorde, par exemple, a un grand sens du scénario, il a proposé beaucoup de choses très justes.

Le travail des réalisateurs :

Evidemment, il y a autant de façons de travailler que de gens avec qui on travaille. Claude Miller m'a fait faire des essais. Il m'a dit : "on va se fiancer avant de se marier". Anne Fontaine, au contraire, est quelqu'un de très instinctif. Je n'ai fait aucun essai. Et ça marche car je travaille pour la troisième fois avec elle.

La direction du spectateur :

J'ai toujours été fasciné par les scènes qui piègent le spectateur. C'est ce que Hitchcock appelle la direction du spectateur. Il y a la direction de l'acteur mais il y a aussi la direction du spectateur. Le spectateur s'identifie au meurtrier, est du côté de celui qui pourtant incarne le méchant. Et alors une scène met en danger ce "méchant" et le spectateur frémit pour lui. Hitchcock adorait ce frémissement du spectateur qui s'est identifié au héros et qui est soudain manipulé par le réalisateur. Dans Psychose, il y a une scène fantastique : le meurtrier jette une voiture à l'eau, cachant un cadavre à l'intérieur, la voiture commence à couler puis s'arrête, laissant le toit visible. Le suspens! Le spectateur est à ce moment-là totalement vulnérable. Dans Entre ses mains , il fallait suivre la même logique et prendre le spectateur au piège en montrant un vrai meurtre. Il ne fallait pas tomber dans l'erreur de fantasmer sur le meurtrier. Dans cette scène de meurtre, le spectateur qui était du côté de l'homme inquiétant, qui le plaignait peut-être, est pris au piège par la scène très violente, il prend conscience qu'il est manipulé par le réalisateur. C'est ce que j'ai préféré en voyant le film.

Les films :

J'aime le genre de la comédie des années 1950-1960 aux Etats-Unis, les films dans lesquels il existe de vrais caractères, des situations brillantes Je suis très passéiste! Aujourd'hui, on berce le public à la satire et au divertissement. On est dans l'anecdotique sans grand type de personnage comique. J'aime le quiproquo, les films avec Cary Grant dirigé par Mc Carey. Et j'adore aussi Billy Wilder, bien sûr. J'aime les comédies d'Howard Hawkes qui sont constituées de panneaux très sobres, sans effet. J'admire ces auteurs-là.



Propos recueillis par Angèle Berland

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MessageSujet: Re: INTERV.. PARIS SORBONNE ENTRE SES MAINS   Mer 19 Juil 2006 - 21:02

whaou !!! merci pour cette interview

_________________
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