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 (ANCIEN N0) .....PREMIERE MAGAZINE.

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BENGI*
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MessageSujet: (ANCIEN N0) .....PREMIERE MAGAZINE.   Ven 11 Mai 2007 - 13:51

BEN : flower
- Je pense que l’artiste se construit sur ses erreurs. C’est parce qu’il fait des erreurs que l’art existe. Wink

- Je défends la personne qui s’engage et affirme: «Je me trompe, et parce que je me trompe, j’évolue.» Wink



flower merci encore pour cette photo Carine...site Vincent flower




Bacri, Magimel, Poelvoorde, Lindon, le casting explosif

de la réalisatrice Nicole Garcia, se retrouvent

sur un même plateau pour Première.

Après les photos, l’interview qui secoue! Quatre comédiens débattent, s’expliquent et se lâchent...

Vous êtes-vous déterminés sur le script, sur le nom de Nicole Garcia, ou sur les deux à la fois?

Nicole Garcia : Après avoir lu le scénario, Jean-Pierre m’a dit: «C’est “inrefusable”.» Le mot m’a marquée et je me le répète parfois les jours de doute. Ça ressemblait à Impitoyable, de Clint Eastwood, mon maître. Du coup, ça m’a beaucoup plu.

Pourquoi c’était «inrefusable», Jean-Pierre?

Jean-Pierre Bacri : Quand on aime l’écriture, on aime les scénarios. Et comme ça arrive rarement de tomber sur un truc bien...

Et vous, les Benoît?

Benoît Magimel & Benoît Poelvoorde : Nous aussi, nous avons adoré le script...

B. P. : Au début, j’ai commencé par refuser.

J’aimais vachement, mais j’étais en train de finir la promotion de Podium, je rentrais du Japon, je ressentais une espèce de lassitude... J’ai lu le scénario très vite.

B. M. : C’est terrible comme il se la raconte...

B. P. : Ouais, je me la pète, hein! Après, j’ai réfléchi dans mon lit. Je voulais être dirigé par une femme depuis des années et s’il y en a une qui dirige bien, c’est Nicole... Bref, j’ai changé d’avis.

N. G. : On s’est rencontrés, puis j’ai vu son agent. Benoît est très sensible à l’avis de son agent.

Sa première réponse a été non. Benoît était pourtant l’un des acteurs auxquels j’avais pensé dès le début de l’écriture. Un mois plus tard, au moment où je commençais à chercher d’autres comédiens il m’a téléphoné, alors que je me trouvais dans un taxi entre Père-Lachaise et Bastille, pour me dire oui.

B. P. : Absolument vrai. Elle a hurlé dans le taxi: «C’est oui!»

À part Benoît Poelvoorde, avez-vous pensé aux autres acteurs dès l’écriture?

N. G. : Benoît Poelvoorde et Benoît Magimel se sont imposés immédiatement. Les autres sont venus plus tard. Au départ, je n’avais pas prévu le personnage de Vincent. Je ne pensais qu’à Charlie. Pour une fois, l’enfant est arrivé avant le père. Et puis, on racontait finalement tellement de choses sur cet homme que le rôle s’est étoffé. Serge est devenu un personnage à part entière. J’ai alors songé à Vincent.

Vincent, avez-vous accepté très vite?

Vincent Lindon : Nicole me l’a présenté d’une manière bizarre. Elle m’a expliqué que le rôle de Serge n’étant pas totalement écrit, il y avait deux solutions: ou bien je ne faisais pas le film, et les trois scénaristes [Nicole Garcia, Jacques Fieschi, Frédéric Bélier-Garcia] le laissaient tel quel; ou bien je le faisais, et ils l’adaptaient. Alors, je suis allé au Petit-Sauvignon, où j’ai commandé du vin. J’ai lu le scénario un peu bourré. Une réplique m’a plu à la page cinquante et – je ne l’avais encore jamais avoué à Nicole – je ne suis pas allé plus loin. Je l’ai appelée et j’ai accepté. Mais je ne prenais pas beaucoup de risques. J’avais eu envie de faire L’Adversaire. Ma première réponse a été plus snob qu’artistique: je voulais tourner avec Nicole Garcia.

C’était quoi la réplique de la page cinquante?

V. L. : Je crois que ce n’était même pas une réplique mais une scène devant la télé. J’ai imaginé un homme un peu rural. Qui souffre beaucoup. J’ai pensé à Un mauvais fils [Claude Sautet, 81].

Garcia : [Pour elle-même.] Un mauvais fils, un mauvais père...

Et vous Benoît (Magimel), avez-vous hésité?

B. M. : Comme les autres, j’avais très envie de travailler avec Nicole. J’ai donc donné, moi aussi, ma réponse avant d’avoir fini de lire le scénario. Bien sûr, j’ai été un peu déçu quand j’ai appris qui complétait le casting. (Rire.)

N. G. : À part un personnage qui n’est pas là aujourd’hui [celui interprété par Patrick Pineau], tous ont de petits parcours à accomplir pour changer leur vie.

J. P. B. : Celui qui n’est pas là? Tu veux dire celui qui n’est pas assez connu pour faire la couverture?

N. G. : Oui, celui qui joue le chercheur en paléontologie et...

J. P. B. : Je peux me permettre une remarque?

N. G. : Tu m’as coupée, mais vas-y!

J. P. B. : C’est quelque chose que je tenais absolument à dire et j’espère que vous allez l’écrire. Pourquoi sommes-nous quatre aujourd’hui et pas cinq?

N. G. : C’est une question de...

J. P. B. : De gens connus, voilà! En couverture, on met des gens connus. Qu’est-ce qu’on en a à foutre d’un mec qui n’est qu’à la Comédie-Française, qui ne joue que des merveilleux spectacles depuis vingt ans, on s’en branle, hein! Je pense à la chance que j’ai eue quand on m’a mis en photo alors que je ne faisais pas partie du casting principal. Nous quatre, on est rompus à ça. Des couvertures, on en a fait douze, et on s’en fout. Je trouve ça dommage qu’on ne respecte pas les choix du metteur en scène. Elle a choisi cinq mecs qui lui plaisaient et...

N. G. : Six! Plus un enfant!

J. P. B. : Peu importe, j’eusse aimé que les sept personnages principaux fussent là. Ça les aurait fait bander, les deux autres. Leurs parents et leurs amis auraient été contents de les voir en couverture de Première. Tu me diras, ce n’est pas la seule discrimination au monde...

N. G. : Je voulais absolument qu’il y ait quatre acteurs, disons, stars, et trois autres jouissant d’un autre statut mais presque à égalité de rôle. Le film joue avec les codes de la célébrité. Les deux acteurs les moins célèbres interprètent d’ailleurs des personnages qui sont dans la lumière. Chaque héros figure presque un archétype d’une émission de télé-réalité. Sauf que dans ces émissions-là, les personnages sont seuls, donc pathétiques. Chez moi, ils sont confrontés aux autres, et ça leur donne de la force. Il y a un jeu de miroirs entre eux.

Comment décririez-vous Nicole au travail?

J. P. B. : J’ai joué dans deux films avec elle comme partenaire, et elle m’a dirigé deux fois. Nous avons donc partagé quatre films ensemble. J’aime cette femme, j’aime sa façon de vivre, j’aime l’entendre parler, j’aime ses ruptures, j’aime sa drôlerie. Comme elle le sait, je peux le dire...

V. L. : Nicole est l’une des cinq ou six actrices au monde qui ont le plus de charme. Elle est irrésistible. Tout à l’heure, quand on faisait la photo, Jean-Pierre m’a confié: «Elle est mignonne, hein?» Et puis, elle ne fait pas les choses comme tout le monde. Mon père m’a dit un jour: «Untel ne prend rien au sérieux et tout au tragique.» Avec Nicole, tout est... incroyablement tragique et, en même temps, ça n’est pas si important que ça. Elle pense que ça se passe là où elle est. Qu’il n’y a rien avant, qu’il n’y aura rien après.

B. P. : C’est beau, ça. Rien au sérieux, tout au tragique. Nicole est également très, très drôle. On rit beaucoup ensemble.

B. M. : Moi, j’aime la façon dont elle filme les hommes. Elle évoque avec beaucoup de tendresse nos fragilités, nos faiblesses, nos défauts. C’est ça qu’elle arrive à sortir des êtres et des personnages. Elle leur donne de la noblesse, de la force. Catherine Breillat, je n’aime pas son regard sur les hommes. Quand je l’entends parler, c’est intéressant, mais quand je vois ses films... Nicole, c’est l’anti-Breillat...

V. L. : Tu nous joues tout avant chaque prise. Permets-moi de te dire que tu es d’ailleurs extrêmement mauvaise. Elle dit: «Je vais te montrer.» Toi, tu penses: «Elle va me montrer un truc formidable puisque c’est Nicole Garcia», et elle te l’interprète sans le ton...

B. P. : Avec Nicole, tu es toujours confronté à quelqu’un qui t’intime de manière inconsciente: «Écoute, je sais le faire. Et si je sais le faire, tu sais le faire aussi...»

B. M. : Il faut juste arriver sans idées préconçues. Être malléable. Inutile de chercher à lutter puisqu’elle a exploré les possibilités de chaque scène.

V. L. : Mais Nicole est aussi une voleuse de poules! Je veux dire qu’elle peut être très, très, très égoïste. Moi, quand je me suis ouvert le pied...

N. G. : OH, JE ME SUIS OCCUPÉE DE TON PIED!

B. P. : Tu vas nous péter les couilles avec ton pied?

V. L. : En même temps, ce truc m’a plu. Elle s’occupe de toi et quand la prise est finie...

J. P. B. : Oui, en gros, elle est égoïste comme le reste du monde, quoi.

B. P. : Ben, c’est une femme! Et puis, elle te regarde. Nicole ne dit jamais «action!» Elle dit «ouuuuui», Jean-Pierre. Selon le timbre et l’émotion de la séquence, elle te donne le tempo dans son oui. Si la scène est énervée, elle te fait un oui énervé. Dans le cas contraire, un oui doux. Tu connais la musique à la manière dont elle te lance.


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Dernière édition par le Ven 11 Mai 2007 - 14:00, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: (ANCIEN N0) .....PREMIERE MAGAZINE.   Ven 11 Mai 2007 - 13:54

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Est-il vrai que vous ayez tous consenti des efforts financiers pour Selon Charlie...?

B. P. : La réponse va être courte. Non, c’est Alain Attal, le producteur qui nous les a fait faire. Vous avez déjà essayé de discuter fric avec Alain?

J. P. B. : C’est vrai, nous avons consenti des efforts, comme vous dites.

B. M. : Et c’est tout à fait normal. Ça dépend des projets. Quelquefois, les acteurs prennent très cher et effraient les réalisateurs à cause de leurs tarifs. C’est une erreur. Il faut arrêter de croire que nous gagnons 3 ou 4 millions d’euros à chaque film. Nous nous adaptons au budget.

Revenons à Selon Charlie... Les personnages masculins vont jusqu’au point de rupture pour transformer leur existence. La symbolique du boomerang, jouet fétiche de Charlie, compte-t-elle beaucoup pour vous?

N. G. : Je ne sais pas car je ne maîtrise pas tout. Selon Charlie... est, par exemple, un film d’hommes, mais les femmes y tiennent un rôle important. Elles initient ces hommes, elles leur montrent le chemin. Elles occupent une fonction rédemptrice. Même moi, quand je revois le film, je ne sais pas exactement où en est la clé. L’histoire du boomerang avec lequel l’enfant joue est a priori anecdotique. Mais peut-être que d’autres, en la voyant, la trouveront importante.

B. P. : C’est ce qui nous échappe, hein, qui fait la grandeur des choses... Au fond, tout ce qui est contrôlé est assez décevant.

J. P. B. : Pas d’accord.

B. P. : Mais si, Jean-Pierre, ce qui compte, c’est le mélange entre ce que tu as contrôlé et ce que tu n’as pas contrôlé.

J. P. B. : C’est un peu mystique ce que tu dis là, non? Le côté «tout ce qui nous échappe»... Heureusement qu’on a de belles choses tenues, justement, par des scénaristes qui se cassent le cul pendant une semaine pour trouver ce qu’un type pourrait bien répondre à un autre...

B. P. : Je ne dénie pas le travail et l’application.

J. P. B. : Si! Tu dis que la maîtrise est décevante!

B. P. : JE N’AI PAS DIT ÇA! J’ai dit que l’application est une chose mais que ce qui t’échappe en est une autre.

J. P. B. : D’accord, il y a une part d’inconscient, mais ne soyons pas non plus superstitieux.

B. P. : SUPERSTITIEUX!?

J. P. B. : Oui, oui, c’est très proche de la superstition, ce que tu racontes! Penser qu’il y a des choses insaisissables, d’accord, mais, j’insiste, ne sous-estimons pas la maîtrise.

B. P. : À partir du moment où tu joues, les autres s’accaparent ce que tu fais. Je ne crois pas à l’acteur qui dit: «On m’a tout volé.» Je crois à celui qui pense : «Certaines choses m’ont échappé.»

V. L. : Et voilà! J’ai essayé toute ma vie de fuir les débats sur la peine de mort ou sur la politique. Et, en faisant ce métier, qui est la chose la plus subjective du monde, je retombe dans des discussions où personne n’est jamais du même avis. Moi, j’aurais préféré être sportif; comme ça, il n’y aurait pas eu de discussion du tout. Quand tu cours le 100 m en 9’9 ou en 10’04, on peut toujours venir te faire chier, la réponse est simple: «Écoute, sois gentil, je prends la médaille d’argent ou la

médaille d’or, et on n’en parle plus, d’accord?»

Jean-Pierre, le rôle vous permettait-il d’explorer des émotions nouvelles?

J. P. B. : Je ne voudrais pas torpiller toutes vos questions, mais il me semble que ce serait aux autres de se prononcer. En fait, la plupart des metteurs en scène vous proposent un rôle en vous assurant que vous ne l’avez jamais fait. À force, ça déstabilise. On dirait finalement que je n’ai jamais fait ce que j’ai fait.

Y a-t-il tout de même une part d’intuition dans vos choix?

J. P. B. : Je me détermine d’abord sur le film. Puis sur le personnage. Je regarde si j’ai des choses à faire. Je ne vais pas non plus m’emmerder à venir dire des conneries pendant quatre jours! Mais pour que j’aie envie d’y aller, il me faut de la belle écriture. Si on me propose un rôle fabuleux avec des scènes merveilleuses mais que le film est une daube, je ne le fais pas. Je me fous d’être bien, je l’ai déjà été.

Et vous, Vincent?

V. L. : Je pense à 100 % comme Jean-Pierre. J’ai 46 ans. Je suis l’un des acteurs – parmi dix, quinze, vingt, je ne sais pas, je ne les ai pas comptés – à refuser trois films par semaine. Je viens d’en commencer un avec Pierre Jolivet, mais je n’avais pas mis les pieds sur un plateau depuis Selon Charlie... Je n’ai pas de voilier, pas de maison à Saint-Tropez, pas de chalet à la montagne. J’ai un loyer, j’aime bouffer avec mes copains au restaurant, je n’ai pas besoin de tonnes d’argent, je suis donc très libre. Je travaille quand je veux. Lorsque je fais La Haine ou 37° 2 le matin, je ne joue que cinquante-deux secondes, et ça m’est complètement égal. J’ai envie de faire des films qui m’emballent et je suis prêt, moralement et financièrement, à ne pas tourner pendant six ans s’il le faut. Choisir me rassure. Pour

Selon Charlie... j’avais dix-sept jours de tournage. Je n’ai pas encore vu le film, mais je pense que c’est le rôle le plus mince. Et après?

B. P. : J’ai moins d’expérience que Vincent mais je pense différemment, et je fais totalement le contraire: je tourne un maximum. De toute façon, prédire que le film va être bien, c’est impossible sur le papier.

J. P. B. : Ouh, je ne suis pas du tout d’accord avec toi!

B. P. : Au départ, tu essaies de ne pas choisir de daubes. Tu sélectionnes. Mais l’idée de ce métier, c’est de faire un maximum de trucs, quitte à se tromper.

V. L. : Attends, excuse-moi, mais absolument pas! Moi, en vingt ans, j’ai tourné seulement trente-trois films.

B. P. : Et alors? C’est en multipliant les expériences, et en fonction de ta propre subjectivité, que tu construis ta carrière...

J. P. B. : Mais c’est incroyable, Benoît! Moi, au cinéma, c’est comme dans la vie, je ne suis pas ami avec tout le monde. Je n’ai pas cinquante amis, j’en ai quatre.

B. P. : Ça n’a rien à voir!

J. P. B. : Ça n’a rien à voir? Tu rigoles, ça a tout à voir!

B. P. : On parle du métier d’acteur. Quel rapport avec l’amitié, Jean-Pierre? QUEL RAPPORT AVEC L’AMITIÉ?

J. P. B. : Mais moi, je cherche des amis, je cherche des scénarios qui me plaisent...

V. L. : Je peux dire un truc? Moi, c’est physique. C’est même pas intellectuel ou moral. C’est physique. Si j’accepte un film dont je n’aime pas le scénario, je ne peux pas le supporter physiologiquement. Je n’ai pas la force de venir sur un plateau où je ne suis pas fou amoureux de ce que je fais. Je suis désagréable avec les gens. Je suis de mauvaise foi. Je me venge sur une maquilleuse, sur un machiniste. Alors que c’est à moi que je devrais m’en prendre.. J’ai mal. Oui, ça me fait mal. Peu importe la somme d’argent. Peu importe que le film fasse neuf millions d’entrées – j’en ai refusé des films qui ont fait neuf millions d’entrées, La Vérité si je mens! par exemple –, je ne peux pas me présenter le matin. Point barre.

B. P. : Mais je ne mets pas en doute le fait que l’on choisisse en fonction de la qualité. Par contre, je suis partisan de dire: il ne faut pas trop sacraliser les choses. Plus tu travailles, plus tu apprends sur toi.

V. L. : Il ne s’agit pas de «sacraliser»...

N. G. : D’accord, Benoît. Toi qui es un grand lecteur, à quel moment fais-tu la part entre la qualité de ce que tu lis et un scénario que tu n’aimes pas?

B. P. : Un scénario, ce n’est pas de la littérature. Le cinéma répond à des critères particuliers... J’ai vu La Moustache (Emmanuel Carrère, 05), un film que je trouve magnifique – avec une fin magnifique. Eh bien, c’est du cinéma, pas de la littérature.

N. G. : J’entends bien, mais il y a quand même des ingrédients qui font que...

B. P. : Je ne réagis que par rapport à moi-même. Au plaisir de jouer.

V. L. : J’ai refusé neuf films pour La Moustache. C’était un premier long métrage. Je l’ai lu, j’ai adoré. J’ai dit non à neuf metteurs en scène ultraconnus pour des salaires ultraénormes et j’ai expliqué: «Je vais tourner le film d’Emmanuel Carrère. Pas parce qu’il a écrit L’Adversaire mais parce que je veux absolument le faire.» Tout le monde m’a rétorqué: «C’est de la folie. Tourne dans La Moustache si tu veux, mais assure-toi un ou deux longs métrages derrière. Au cas où...» Ça ne m’intéresse pas. Je me suis mis au service de ce petit film qui aurait pu passer complètement à la trappe. Ça n’était pas plus grave que ça...

N. G. : Benoît, tu parles comme si tu étais moins exigeant quand tu lis un scénario. Même si ce n’est pas un roman, il y a quand même une densité, une complexité, des choses à venir. Tu les sens là ou pas...

B. P. : Globalement, bien sûr, j’essaie de m’engager sur des projets qui ne soient pas trop navrants. Mais je le répète, c’est le plaisir de jouer qui me guide. Le plaisir d’être dans Astérix (“Astérix aux Jeux olympiques”, de Frédéric Forestier). Celui d’être dans ton film aussi.

V. L. : «PAS TROP NAVRANTS!» Mais c’est une phrase intolérable! Une maquilleuse m’a expliqué un jour, à propos d’une histoire de perruque: «Au pire, on prendra celle-là.» J’ai failli ne pas faire le film – en tout cas, elle ne l’a pas fait, elle – parce que quelqu’un qui t’assène «au pire, on prendra celle-là» ne peut plus être dans mon champ de vision. Je ne sais même pas ce que ça veut dire. C’est bien ou non. «Au pire», ça n’existe pas!

B. P. : Ah, mais moi, je ne suis pas dans vos situations. Vous recevez des scénarios de beaucoup plus d’auteurs. Non, je ne suis pas d’accord. Il y a un niveau et...

J. P. B. : Un niveau? Euh...

V. L. : Je t’en prie, tu n’arrêtes pas de tourner, qu’est-ce que tu racontes? Tu as les mêmes chances que nous!

B. P. : Pas en Belgique, pas en Belgique...

V. L. : Tu as juste décidé d’en faire plus...

B. P. : Mais moi, j’adore jouer. J’adore ça. Je trouve que l’oublié des césars, c’est Dujardin, parce que ce que Dujardin fait dans Brice de Nice, je défie qui que ce soit de le faire.

V. L. : Euh...

B. P. : Ben, allez-y, foutez-vous une perruque blonde, enfilez un T-shirt jaune et tenez une heure et demie! Le bonheur de jouer est un truc unique à filmer. Et moi, je reste un grand défenseur de ce bonheur-là. Je m’associe totalement aux acteurs qui font cent cinquante films dont cent quarante merdes parce qu’ils ont eu du plaisir à jouer... Ce métier n’est jamais lié qu’à ça.

Vous en pensez quoi de tout ça, Benoît (Magimel)?

B. M. : Je pense que si le metteur en scène est très important, l’histoire l’est plus encore. Moi non plus, je ne me focalise pas forcément sur mon rôle. C’est l’ensemble qui m’intéresse. Quand tous les ingrédients me semblent réunis, j’y vais. Mon amour du jeu ne me pousse pas à tourner douze mois sur douze.

V. L. : Qu’est-ce que c’est beau, qu’est-ce que c’est beau d’aller au restaurant et de boire des coups avec des copains! Et qu’est-ce que c’est beau de toucher un bon scénar! C’est le Loto. Les sept numéros.

B. M. : J’avais vu les films de Nicole. Je savais qu’elle allait tourner quelque chose de bien. Son scénario? C’est peut-être abstrait – moi, j’ai une vision un peu floue des choses – mais il me parlait. Tous les personnages me parlaient. J’avais confiance en toi, Nicole. Pour le reste, moi aussi, j’adore Dujardin.

Vous avez toujours fonctionné de cette façon, Benoît?

B. M. : Non, au début, je choisissais un film pour le rôle. Je me décidais sur ce simple critère: ça, je ne l’ai jamais fait.

Êtes-vous d’accord pour dire qu’un mauvais scénario ne donnera jamais un bon film?

B. P. : Ça dépend de ce qu’on appelle un bon film...

N. G. : Il y en a tellement qui ne sont pas bons, qui ne devraient pas se monter. Le seul grand oral que passe un film, c’est le scénario. Le reste, et là, tu as raison, Benoît, c’est l’inconnu. Donc si tu ne cautionnes pas le scénario, si tu ne fais pas corps avec, les spectateurs peuvent être déçus.

J. P. B. : Entièrement d’accord, et le vrai problème, c’est de te demander: «Ai-je pris les gens pour des cons ou pas?» Moi, je veux qu’ils aillent au cinéma en sachant: «Ce mec-là, il ne fait pas n’importe quoi, par conséquent, il ne va pas m’entraîner dans une grosse daube.»

B. P. : Je ne fais pas n’importe quoi! J’ai pu me tromper parfois...

J. P. B. : Je ne dis pas que tu fais n’importe quoi. Je te parle du simple fait de tout accepter. C’est-à-dire du débat que tu as toi-même lancé. Mais je ne porte pas de jugement sur ta carrière. Moi, quand j’étais plus jeune, j’allais voir Marielle et Rochefort. Je savais que s’ils jouaient dans un film, je pouvais y courir parce que ce n’était pas des enculés. Ils n’allaient donc pas me prendre, moi, Jean-Pierre Bacri, qui avait 21 ans à Cannes, pour un con. Je sortais de la salle content, ils n’avaient pas commis une grosse daube. Enfin, après, ça a changé... Mais en tant que spectateur intime de Rochefort et de Marielle, je pouvais me fier à eux: mes amis ne m’avaient pas trompé.

B. P. : Passons d’un extrême à l’autre. Moi, je ferais bien de la télé. Là, au moins, les gens ne paient pas.

J. P. B. : Pourquoi tu parles de payer! C’est quand même marrant que tu dises ça. Le problème, c’est plutôt de voir tel acteur à l’écran et de se mettre à penser: «Ah, putain, d’habitude, j’aime bien ce qu’il fait. T’as vu dans quoi il est?» Eh bien, je n’ai pas envie qu’on dise ça de moi.

V. L. : Tu as un souci avec ça, Benoît. Si, si! On dirait que tu t’excuses de travailler beaucoup et d’être un peu moins exigeant que nous.

B. P. : Ah non, non, en aucun cas!

V. L. : Tu n’as qu’à évincer les choses que tu aimes un peu moins puisque la vie est courte, qu’on va tous mourir et que c’est intéressant d’être un artiste. Ce sont les artistes qui vaincront.

B. P. : L’ARTISTE QUI VAINC, MAIS ARRÊTE, ARRÊTE! Moi, je refuse ça. Je pense que l’artiste se construit sur ses erreurs. C’est parce qu’il fait des erreurs que l’art existe.

J. P. B. : C’est vrai aussi, c’est vrai aussi...

B. P. : Et moi, je défends la personne qui s’engage et affirme: «Je me trompe, et parce que je me trompe, j’évolue.»

V. L. : Je voulais juste rappeler que si Van Gogh s’est construit en ne faisant que des erreurs, ce qui reste, c’est l’art.

B. P. : Mais je me fous de ce qui reste une fois que j’aurai crevé. Moi, ce que je veux, c’est mourir avec une bonne haleine. Je refuse d’imposer mes deux derniers mots avec une haleine de chacal. Le reste, je m’en tamponne le coquillard. Je m’en tape les couilles que les gens regardent mes films après ma mort. Je veux vivre dans le monde où je suis. Au cinéma, c’est pareil. Je ne veux pas avoir une mauvaise haleine au moment où je parle aux gens. C’est tout. 3

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